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Montparnasse et le 14ème arrondissement
Port Royal, Vavin, la Tour Montparnasse, le Cimetière, Place Denfert-Rocherau, le Parc Montsouris
(Environ 5 km)
Ce quartier de Paris a été l’un des derniers à venir s’ajouter aux richesses de la ville. Et bien qu’il offre peu d’occasions pour les touristes de prendre des photographies, la plupart des attractions étant des villas à demi cachées ou bien des résidences complètement privées, qui ont reçu le nom d’artistes célèbres ou de communautés artistiques, ce quartier a néanmoins une importance historique.
Contrairement à Montmartre, il n’y a pas de colline à Montparnasse. Son nom a été inventé au XIXe siècle, avec une certaine ironie, vraisemblablement en raison d’un énorme tas de gravats provenant du creusement des catacombes toutes proches : des poètes ont eu l’idée de lui attribuer le titre noble de Parnasse, le mont sacré de la Grèce antique. Il est difficile de croire que seulement au XVIIIe siècle, le secteur où les débris étaient déposés (là où la station de métro Vavin est située de nos jours sur le boulevard Raspail) était un terrain vague et encore semi rural jusqu’à ce que la gare ferroviaire Montparnasse soit construite en 1840. Cette gare reliait la capitale avec la Bretagne et a incité beaucoup de bretons pauvres à venir s’installer et ouvrir de nombreux bars et crêperies qui ont toujours des noms qui rappellent la Bretagne ainsi que d’autres régions celtiques comme l’Irlande et le pays de Galles.
La grande aventure de Montparnasse s'étalait entre 1912 et 1932 environ, mais ce n’est qu’à partir de 1900 que de pauvres artistes, poètes, écrivains et parias de la politique ont commencé à converger vers ce village préservé, y trouvant des ateliers et logements à bas prix dans de charmantes ruelles et impasses. Puis la Première Guerre Mondiale a vu arriver une foule de gens comme des artistes français (Jean Cocteau a incité bon nombre d’artistes et intellectuels de la rive droite à changer de rive) ou venant de l’étranger fuyant leur pays pour telle ou telle raison. Parmi les plus célèbres, nous pouvons citer Max Jacob, Apollinaire, Modigliani, Utrillo, Lénine et Trotsky, et plus tard Braque, Chagall, Foujita, Klee, Picasso, Rouault, Soutine et Zadkine. De plus, après la guerre, la Prohibition a encouragé certains Américains à s’expatrier et, se sont ajoutés à la liste des artistes et écrivains tels que Man Ray, Nigel Calder, Ernest Hemingway et Henry Miller, surtout dès que le franc français est tombé très bas (pas autant que le Deutsche Mark, mais tout de même considérablement dévalué) et le dollar avait ainsi une tellement plus grande valeur dans ce " nombril du monde ". Pas plus tard que dans les années 1920, même des artistes établis comme Scott Fitzgerald (qui s’était autoproclamé "chroniqueur de l’âge du jazz ") a rejoint la " lost generation " (ou la génération perdue) des Américains à Paris, mais cela était dû aussi au prestige mondial grandissant de l’" école de Paris " et sa réputation de capitale intellectuelle du monde. Toutefois, la dépression des années 1930, suivie de la guerre civile d’Espagne et la Seconde Guerre Mondiale ont mis fin à cette histoire d’amour internationale avec Montparnasse, car ces artistes libres de toute attache ont été plus attirés par la sécurité et les richesses qu’offraient les États-Unis.
Un bon endroit pour commencer une promenade dans le 14e arrondissement est le Port-Royal, à l’intersection du boulevard Saint-Michel, de l’avenue de l’Observatoire et du boulevard Montparnasse. Ce qui attire le plus notre attention sur cette place est la fontaine de l’Observatoire, sculptée par Carpeaux (1867-74), et qui est en fait dans le 6e Arrondissement, mais qui est peut-être le groupe sculptural le plus réussi du Second Empire. Sur cette même place, au début du boulevard Montparnasse, vous trouverez le bar-restaurant la Closerie des lilas qui a connu tant de clients célèbres (par exemple Fernand Léger, qui a rencontré sa femme sur la terrasse), parmi lesquels beaucoup ont leur nom gravé sur les tables (Modigliani, Max Jacob, Lénine, etc.) ou sur le bar (par exemple Ernest Hemingway, qui a passé ici plus de temps à boire qu’à manger, en partie parce qu’il vivait tout près au 113 rue Notre-Dame-des-Champs après être parti de la rue du Cardinal Lemoine). Et plus récemment, Woody Allen a fait démonstration de ses talents de conducteur aux clients assis à la terrasse de ce café dans Quoi de neuf Pussycat.
De l’autre côté du carrefour du Port-Royal se dresse l’Observatoire, en fait orienté plein sud par rapport au palais et aux jardins du Luxembourg, sur la ligne du méridien de Paris. La construction de l’Observatoire a été commencé par Colbert au solstice d’été de l’année 1667 (le 21 juin), sur un terrain vierge loin de la ville telle qu’elle était à l’époque, et achevé avec l’aide de l’astronome italien Cassini en 1683. Il a pour caractéristique d’être le plus ancien observatoire toujours en usage.
En se promenant le long du boulevard du Montparnasse, la deuxième rue sur votre gauche est la rue Campagne Première, et au numéro 31 vous trouverez un bâtiment de style Art nouveau intéressant. Il a été construit en 1911 pour loger des artistes, dont Ezra Pound. Man Ray également qui, pendant les années 1920 et 1930 a partagé un studio photographique avec Lee Miller et y a produit ses inoubliables uvres dadaïstes et surréalistes ainsi que des portraits des " branchés " des gens comme James Joyce, Gertrude Stein et Jean Cocteau ainsi que de son inoubliable modèle et amante Kiki (Alice Prin). En continuant dans le boulevard du Montparnasse jusqu’au carrefour avec le boulevard Raspail où se trouve la station de métro Vavin, vous ne verrez aucune trace du mont qui a donné son nom au quartier. Ce carrefour a été récemment rebaptisé place Pablo Picasso, ce qui donne une idée de son importance dans la scène artistique après la Grande Guerre. La statue de Balzac par Rodin n’a été rajouté que récemment, mais il y a quatre bars et restaurants jouant un rôle clé et marchant toujours très bien, situés presque à côté les uns des autres et qui témoignent fidèlement de cet âge d’or : le Dôme, la Coupole, la Rotonde et le Select. Évidemment ils ont un peu changé depuis, mais on y trouve toujours accrochées sur les murs des photos des clients célèbres empreintes de nostalgie (pendant la Première Guerre Mondiale, Picasso, Modigliani et Cocteau prenaient souvent un café sur la terrasse de la Rotonde). Le Dôme, particulièrement, est devenu beaucoup plus haut de gamme, sa spécialité étant les fruits de mer qui arrivent quotidiennement de Bretagne par la gare ferroviaire voisine. Par contraste, les cafés et restaurants fréquentés par les artistes dans les années 1920 pourvoyaient aux besoins des clients pauvres qui parfois remboursaient leur dette en échange d’un croquis ou d’une peinture.
Si vous prenez la rue Delambre à côté du restaurant le Dôme, et en continuant après le bistro le Dôme plus abordable, vous arrivez au numéro 5 à l’endroit où Fujita avait son premier atelier. Et au numéro 10, vous pouvez voir le Dingo, un petit bar qui était un autre lieu de prédilection de la " lost generation " ; il est en fait célèbre pour être l’endroit où Ernest Hemingway (qui tirait le diable par la queue) et Scott Fitzgerald se rencontraient et buvaient ensemble pendant les années 1920. De l’autre côté de la rue, le numéro 15 (qui est maintenant le charmant et confortable hôtel Lenox-Montparnasse) est là où Man Ray avait installé son premier studio photographique (dans sa chambre d’hôtel) en 1921.
Prenez le boulevard Quinet puis tournez à droite dans la rue du Montparnasse, une rue bordée de crêperies pour rappeler que ce quartier est un faubourg de Bretagne, et vous trouverez le bar-restaurant Falstaff (au numéro 42) que les expatriés ont beaucoup fréquenté après le Dingo, suivant leur barman favori, Jimmy.
À l’angle, toujours sur le boulevard Montparnasse, tournez à gauche et vous vous trouverez à un carrefour très passager, Montparnasse Bienvenüe, dominé par la tour Maine Montparnasse de verre et d’acier, qui est l’édifice le plus haut de France (210 mètres) depuis 1973. Trouvez son entrée dans la rue de l’Arrivée (du côté ouest de la tour) si vous désirez prendre un ascenseur ultrarapide pour monter au 56e étage du gratte-ciel (ou la terrasse au 59e étage, si le temps le permet), d’où vous obtenez une vue panoramique époustouflante de tout Paris, et plus loin encore.
En face de cette même entrée, vous trouverez l’avenue du Maine allant vers le nord, et au niveau du numéro 21 sur la droite, vous verrez une jolie rue pavée, le chemin du Montparnasse, dont les nombreux ateliers d’art lui ont valu le nom de " Cité d’Artistes ". C’est là que des artistes du quartier venaient pour prendre un bon repas à prix d’amis à partir de 1915 environ, y compris des clients tels que Braque, Matisse, Picasso, Juan Gris, Fernand Léger, Modigliani, Max Jacob, Zadkine, Apollinaire, Soutine, Chagall, etc. Au milieu de cette rue, vous trouverez le musée du Montparnasse où il y a souvent des expositions intéressantes d’artistes contemporains.
Revenez sur vos pas jusqu’à la place Bienvenüe, et à droite de la tour vous verrez la nouvelle gare ferroviaire, reconstruite dans les années 1960 sur le site de l’ancienne gare (qui datait de 1840 et célèbre principalement à cause du train, immortalisé par une photographie contemporaine, qui a dépassé le butoir et atterri dans la rue). Le nom Bienvenüe a été donné à la place et la gare pour commémorer le fondateur du métropolitain de Paris (métro), Fulgence Bienvenüe. Si vous avez envie de vous reposer un peu avant de poursuivre, il y a un jardin, appelé le Jardin Atlantique, construit sur une dalle de béton au-dessus des lignes de chemin de fer du côté sud-ouest de la gare. Vous y trouverez un mémorial du général Leclerc (pseudonyme du commandant militaire français Philippe de Hautecloque, promu au grade de maréchal à titre posthume) qui, en tant que comandant de la seconde Division Armée ou " Division Leclerc ", était l’un des premiers à entrer dans Paris le 25 août 1944. Il s’est chargé de la capitulation du général von Choltitz et de la signature de la reddition de la garnison allemande (qui n’a heureusement pas tenu compte de l’ordre de Hitler de détruire Paris d’abord). Le musée Jean Moulin (le plus célèbre chef de la Résistance française) est une autre commémoration de la Seconde Guerre Mondiale. En continuant dans l’avenue du Maine en direction du sud, juste après la station de métro Gaîté, vous verrez la rue Froidevaux sur la gauche et l’entrée du cimetière de Montparnasse (Froidevaux étant un jeu de mots sur " froids dévots "). Si vous ne trouvez pas les cimetières trop morbides, sachez que celui-ci, datant de 1824, est après le cimetière du Père-Lachaise celui où reposent le plus de personnes célèbres, incluant Baudelaire, Beckett, César, Citroën, Dreyfus, Gainsbourg, Hachette, Larousse, Maupassant, Proudhon, Saint-Saëns, Sartre, Soutine et beaucoup d’autres. On y trouve également beaucoup de sculptures intéressantes, et notamment l’uvre de Brancusi le Baiser datant de 1910.
En continuant dans la rue Froidevaux, juste avant l’intersection avec le boulevard Raspail, vous trouverez la rue Schoelcher à gauche, où Picasso avait son atelier à partir de 1916 environ. Au bout de la rue Froidevaux, vous arrivez à la place Denfert-Rochereau (qui a pris le nom du colonel Pierre Philippe Denfert-Rochereau, qui a défendu la ville de Belfort avec succès pendant le siège de 1870-71). On trouve un autre symbole de ce siège au milieu de la place : une reproduction en cuivre de la célèbre statue le Lion de Belfort qui a retrouvé sa place après sa restauration dernièrement. Bartholdi a réalisé cette copie en 1880, un an après qu’il ait sculpté le lion original en grès rouge dans la falaise qui domine le château de Belfort, et cinq ans avant qu’il ne fasse la réduction en bronze de la statue de la Liberté qui orne l’allée des Cygnes sous le pont Grenelle. Si vous connaissez Montréal, ce lion vous sera peut-être familier : une copie datant de 1897, nommée la fontaine de la Sun Life Assurance Company, a été sculptée par George Hill.
Si vous suivez le regard du lion, vous noterez qu’il tombe entre une paire de bâtiments en pierre blanche peu communs ornés de frises sculptées et qui compte parmi les rares dernières maisons de péager (celle-ci est connue sous le nom de barrière d’enfer). Elles ont été construites par Ledoux et étaient les portes des remparts de la ville à la fin du XVIIIe siècle. D’autres barrières dans le Mur d’Octroi des Fermiers Généraux, qui permettaient aux autorités de prélever des taxes sur les biens qui entraient dans la cité, peuvent être encore admirées à la rotonde de la Villette, avenue du Trône près de la place de la Nation, et à la rotonde de Chartres à l’entrée du parc Monceau. C’est aussi l’entrée des catacombes datant du XVIIIe siècle (et non de l’ère paléochrétienne comme on pourrait le croire), une ossuaire pour les ossements recueillis lorsque le cimetière des Innocents (dans le 1er arrondissement) a fermé en 1780. Mais il serait préférable de prévoir une sortie à part pour les visiter (si des piles d’os et de crânes humains ne vous répugnent pas) même si la visite ne dure que 45 minutes, car vous devez vous équiper spécialement pour l’occasion : des vielles chaussures non glissantes, des vêtements chauds et une torche électrique.
En descendant l’avenue du Général Leclerc vers le sud, la première rue sur la droite est la rue Daguerre, baptisée d’après le nom de l’inventeur du daguerréotype, le premier procédé photographique. Cette rue est riche en couleur locale, surtout le samedi matin et le dimanche matin quand tout le monde sort pour acheter ses provisions. On trouve parmi les anciens résidents célèbres de cette rue Nigel Calder, qui avait son atelier au numéro 22, et Trotsky qui a vécu ici pendant un temps. En traversant pour rejoindre le côté gauche de l’avenue du Général Leclerc, essayez de repérer le numéro 19 et une porte en fer forgé qui ouvre sur la Villa Adrienne, un autre jardin oasis. La rue suivante sur la gauche mène à la rue et la villa Hallé particulièrement pastorales. Au bout de cette rue, tournez à droite dans l’avenue René Coty puis encore à droite dans la rue de la Tombe-Issoire, et au numéro 83 vous verrez un autre foyer pour artistes à moitié caché par la végétation. Après avoir traversé la très passagère rue d’Alésia, au niveau du numéro 101 de la rue de la Tombe-Issoire, vous trouverez une impasse bordée de maisons datant des années 1920 appelées Villa Seurat. Un certain Henry Miller a vécu au numéro 18 pendant quatre ans et y a écrit Tropique du Cancer. Parmi ses voisins illustres, on trouvait Lawrence Durrell et Soutine.
Un peu plus loin dans la rue de la Tombe-Issoire, vous arrivez à l’intersection avec la rue Saint-Yves, et si cela vous intéresse de voir où Vladimir Ilitch Oulianov (plus connu sous le nom de Lénine) a vécu, tournez à droite et vous trouverez sa maison au numéro 4 de la rue Marie-Rose.
En continuant un pâté de maisons plus loin dans la rue de la Tombe-Issoire, vous verrez le réservoir Montparnasse sur votre gauche (c’est le point le plus haut de la rive gauche), puis à la place Jules Hénaffe tournez à gauche dans l’avenue Reille. La première sur la droite est une rue pavée qui s'appelle square Montsouris, et au coin se dresse un immeuble de Le Corbusier datant de 1922/23, à l’origine l’atelier du peintre Ozenfant (les talents de Le Corbusier/Jeanneret et d'Ozenfant se liaient également entre 1920 et 1925 à travers leur revue 'L'Esprit Nouveau'), qui est toujours un petit chef-d’oeuvre malgré des modifications pour le moderniser (une illustration dans son livre de 1923 'Vers une Architecture' montre un toit en dents de scie qui a depuis fait place à une terrasse). Continuez dans cette rue étroite, une des plus jolies à Paris, bordée d’hôtels particuliers et d’ateliers d’art à moitié cachés par la végétation luxuriante, et au bout de la rue tournez à droite dans la rue Nansouty. Si vous résistez à la tentation d’entrer dans le parc, vous verrez presque immédiatement la rue Georges Braque à droite. Cette rue assez délabrée est, bien sûr, nommée d’après l’un de ses résidents les plus célèbres, dont la maison et aussi le studio étaient au numéro 6 (mais vous ne le devineriez jamais vue de l’extérieur puisqu’elle est presque complètement recouverte de végétation). Vous avez bien mérité maintenant de traverser la rue Nansouty et d’aller dans le parc Montsouris pour vous délecter à regarder la vue magnifique qui s’offre à vous et reposer vos jambes.
Le baron Haussmann a conçu ce parc entre 1868 et 1878 sur un terrain qui avait tellement de trous qu’il était inconstructible (il était même comparé à un gruyère). Et ceci pourrait expliquer pourquoi le lac artificiel, qui attire maintenant beaucoup de monde pendant les journées chaudes, s’est soudainement vidé le jour de l’inauguration. On y trouvait auparavant une copie réduite de la résidence d’été du Bey de Tunis, donnée à la France pendant l’Exposition Universelle de 1867, mais elle a été incendiée en 1991. Les superbes aménagements paysagers sont à peine gâchés par la ligne de chemin de fer qui passe au milieu du parc, ni par la destruction puis le remplacement d’arbres vieux de plusieurs siècles après la tempête exceptionnelle de 1999. Sur le côté du parc dans la rue Gazan se trouve un très bon restaurant, le Pavillon Montsouris. On comprend aisément pourquoi tant de clients célèbres, de Mata Hari à Sartre, aimaient manger sur la terrasse de ce restaurant, qui bénéficie non seulement d’une vue magnifique, mais qui fait aussi partie intégrante du parc.
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