| Montmartre
La Basilique du Sacré-Cur, La Place du Tertre, Au Lapin Agile, Le Moulin de La Galette, Le Bateau-Lavoir, Le Moulin Rouge.
Essentiellement grâce à sa position dominante en haut d’une colline visible de presque partout à Paris, mais aussi grâce à sa riche histoire, Montmartre est l’une des attractions touristiques les plus visitées (on ne se tromperait pas de beaucoup si l’on parlait de 6 millions de visiteurs), et est ainsi un lieu idéal pour une promenade captivante dans Paris. Une des meilleures façons d’aborder la visite de ce célèbre quartier est de prendre le métro (par exemple de l’Étoile en direction de Nation via Barbès Rochechouart) jusqu’à la station Anvers, qui vous fait sortir sur le boulevard de Rochechouart. La station des Abbesses pourrait paraître plus près lorsque l’on regarde le plan, mais il y a autant de marches pour sortir de la station que pour monter à la basilique, alors à moins que vous souhaitez voir l'un des derniers édicules Art Nouveau de Hector Guimard qui protège l'entrée, la station Anvers est préférable. Bien sûr si vos pieds vous font déjà souffrir, vous pouvez toujours prendre le petit train de Montmartre à la place : ce train miniature part de la place Blanche (à côté du Moulin-Rouge) et offre soit un moyen intéressant d’arriver en haut de la colline, soit une visite guidée de tout Montmartre en seulement 40 minutes.
De métro Anvers, vous pouvez monter la rue Sevestre jusqu’à la place Saint-Pierre et commencer dès maintenant à admirer la vaste place gazonnée dominée par la basilique du Sacré-Cur. Vous avez le choix de monter les marches centrales ou bien de prendre le funiculaire ; cela dépend si vous êtes en forme ou non, mais gardez bien à l’esprit qu’une fois arrivés en haut, il vous faudra encore continuellement monter et descendre. Du haut de la colline, vous obtenez une splendide vue panoramique par-dessus les toits de tout Paris on peut voir jusqu’à 50 kilomètres au loin par temps clair. Alors que vous profitez de la vue, peut-être aimeriez-vous en savoir plus sur l’origine du nom Montmartre ; c’est sur cette colline que saint Denis, le premier évêque de Lutèce, a été décapité en 273 apr. J.-C. (la légende dit que cela s’est passé vers la rue Yvonne Le Tac actuelle). Le nom latin " mons martyrium " a remplacé le nom païen " mons martis ", puis le nom latin s’est changé en français en Mont Martyr ou Montmartre. En réalité, la colline était considérée comme un lieu saint dès l’ère romaine jusqu’à ce que l’abbaye de Montmartre soit incendiée pendant la Révolution au XVIIIe siècle.
La construction de la basilique du Sacré-Cur a été décidée après la défaite humiliante dans la guerre contre la Prusse et les batailles sanglantes du soulèvement communard (le Bataillon des Femmes a été témoin de certaines des batailles les plus violentes de cette guerre civile aux alentours de la place Blanche et Pigalle). La basilique n’est pas d’un grand intérêt du point de vue architectural son style d'inspiration byzantine était complètement anachronique pour l’époque où elle a été dessinée et construite (de 1875 à 1919 / 1923), tandis que l’église Saint-Jean-l’Évangéliste toute proche (rue des Abbesses) était le tout premier édifice majeur à être construit en béton armé (1897-1905). Mais malgré sa forme de pièce montée, l'importance de ses dimensions et le blanc pure de ses murs en calcaire (provenant de Château-Landon et n’accrochant pas la poussière) dominent superbement la butte de Montmartre. En plus d’être un monument éclatant, la basilique a la particularité de posséder une grosse cloche (de presque 19 tonnes et que l’on peut entendre à une distance de 40 kilomètres), portant le nom de " Françoise-Marguerite " ou la " Savoyarde ". Elle a été fabriquée dans une fonderie de cloches à Annecy et a été offerte par la Savoie, qui a été cédée à la France par Cavour en 1860. Si vous désirez visiter le dôme ou la crypte, prenez les marches qui descendent à la partie ouest de la basilique.
Tout autour de la basilique, et en effet sur la plus grande partie de la butte, vous pouvez découvrir des escaliers pittoresques ainsi que des rues pavées typiques qui permettent de faire des photographies superbes (par exemple rue Utrillo au sud-est de la basilique). Cela vaut aussi la peine de s’attarder vers l’église Saint-Pierre, bien qu’elle semble minuscule à côté du Sacré-C?ur, puisque c’est tout ce qu’il reste de l’abbaye bénédictine de Montmartre, consacrée en 1147 et fermée pendant la Révolution (à cette époque, la butte a été temporairement rebaptisée " Mont Marat "). C’était un lieu de pèlerinage pour des personnalités aussi illustres que Thomas Becket, le roi Charles VI, Jeanne d’Arc et Ignace de Loyola. Étant le point culminant de la région, elle était aussi le lieu d’implantation d'une tour de télégraphie aérienne de Chappe de 1794 à 1844. On peut accéder à la nef de cette église à partir de la place du Tertre, donc nous vous conseillons de passer par la rue du Cardinal Guibert, la rue du Chevalier et enfin la rue du Mont Cenis. Cette église donne aussi des concerts de temps en temps.
La place du Tertre est, comme son nom le suggère, la crête de la colline, donc nous allons aller en descendant à partir de là. Cette place a longtemps été un lieu de rendez-vous célèbre des artistes et a contribué à la naissance d’un grand nombre de mouvements artistiques du XIXe et XXe siècle (l’impressionnisme, le post-impressionnisme, le fauvisme et le cubisme, et dans une certaine mesure le futurisme et le surréalisme). C’est aujourd’hui encore le cur de Montmartre ; il semble bien que ce soit une des attractions les plus appréciées à Paris, donc essayez d’arriver tôt pour éviter la foule et pour vous faire dessiner ou découper dans le papier un portrait, ou simplement regarder les artistes travailler (si le temps le permet). C’est aussi un endroit idéal pour se détendre dans un des cafés ou restaurants et boire un verre tout en s’imprégnant de cette atmosphère unique, dominé évidemment par le clocher et le majestueux dôme central du Sacré-Cur.
On trouve sur cette place beaucoup de lieux historiques. Par exemple, côté nord, le restaurant la Mère Catherine fondé en 1793, où l’on dit que Georges Jacques Danton, le favori des sans-culottes, éloquent et modéré, a prononcé ses célèbres 'dernières paroles' en 1793 : " Buvons et mangeons, car nous allons mourir demain " (il a été exécuté l’année suivante quand Robespierre est arrivé au pouvoir). On prétend aussi que lorsque les troupes cosaques du Tsar Alexandre sont entrées dans Paris à la fin du mois de mars 1814 (la dernière bataille menée par les puissances alliées, qui a causé l’abdication de Napoléon et son exil à Elba, a eu lieu à Montmartre), et comme les officiers interdisaient à leurs troupes de boire ici, celles-ci criaient " bistro, bistro " (vite, vite) et le terme a été adopté à partir de ce moment-là pour désigner les bars ou restaurants populaires parisiens.
Il y a également beaucoup de rues intéressantes à découvrir près de la place, ainsi qu’un grand nombre de galeries d’art. Par exemple, aux alentours du côté sud de la place, ou bien en descendant un petit peu la rue de Norvins (11 rue Poulbot), vous trouverez l’Espace Montmartre, un musée qui abrite plus de 300 uvres de Salvador Dali (y compris des gravures et lithographies ainsi que la plus grande collection en France de ses sculptures). De plus, les marches pittoresques de l’angle sud de la place descendent vers la rue Gabrielle, où Pablo Ruiz-Picasso avait installé son premier atelier au numéro 49. La rue Norvins au nord-ouest de la place était la rue principale ou la plus ancienne rue du village (et aussi la rue la plus haute de Paris). C’est maintenant une rue très touristique, et elle mène à des restaurants aussi historiques que le Consulat (peint par Utrillo) et l’Auberge de la Bonne Franquette (autrefois Aux Billards en bois).
La période de paix qui caractérise la IIIe République a permis un nouvel épanouissement de l’art, dû en grande partie à la suppression de l’académisme oppressif exercé par le second Empire. Les fondateurs du mouvement impressionniste vivaient ou se rencontraient tous à Montmartre, y compris Monet, Renoir, Manet, Sisley et Pissarro, et de 1866 à 1870, les acteurs principaux du mouvement ont élaboré leurs théories dans le café Guerbois à côté de la maison de Manet dans la rue Saint Petersbourg (côté Batignolles de la place de Clichy). Le déclenchement de la guerre contre la Prusse en juillet 1870 les a séparés, certains se sont retrouvés sur les champs de bataille, d’autres dans des territoires neutres ce qui explique pourquoi les premiers travaux impressionnistes de Monet et Pissarro portent sur Londres et ses environs.
À partir de 1872 est né un esprit de fin de siècle à Montmartre, décrit comme la " civilisation de minuit ", (et souvent associé à la culture bohémienne, bien qu’elle s’applique plus aux romantiques 50 ans plus tôt). C’était l’âge d’or des impressionnistes et des fauves, et le début des cubistes tout comme d’autres artistes inclassables tels que Edgar Degas, Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh. Et bien que le mouvement se soit en grande partie déplacé à Montparnasse à l’époque de la Première Guerre Mondiale, les artistes de Montmartre ont joué un rôle dans le développement des idées sur le futurisme et sur la " super-réalité " du surréalisme jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Si vous désirez en savoir plus sur ces différentes époques, le musée de Montmartre est à seulement une rue de la rue Cortot (vous pouvez emprunter la rue Mont Cenis à partir de la place du Tertre). Ce musée (ouvert tous les jours sauf le lundi) est intéressant pour plusieurs raisons, puisqu’il ne renferme pas seulement des archives historiques et des collections uniques, le centre culturel y organise aussi des expositions temporaires intéressantes. De plus, il était lui-même une résidence de campagne (alors que Montmartre était encore un faubourg en dehors de Paris) qui appartenait à Claude de la Rose (connu sous le nom de Rosimond), et plus tard un foyer pour Renoir, Suzanne Valadon et son fils Utrillo, ainsi que Raoul Dufy et beaucoup d’autres.
L’arrière de cet édifice historique donne sur un grand jardin qui est un vignoble unique dénommé Clos Montmartre. Pour le voir, vous pouvez suivre la rue Cortot puis la rue des Saules. Il possède plus de 2000 plants de vigne datant de 1933, rappelant la façon dont la plus grande partie de la butte était utilisée de l’ère romaine jusqu’au XVIIIe siècle. De plus, cela donne l’occasion de fêter fièrement la vendange le premier ou second samedi du mois d’octobre (avec une marche et des célébrations dans la rue où sont présentes des célébrités et des dignitaires). Chaque année 700 bouteilles de vin du Clos Montmartre sont produites, vendues ensuite à la mairie, au Syndicat d’Initiative place du Tertre, ainsi qu’au musée de Montmartre. Comme vous pouvez l’imaginer, les vendanges attirent beaucoup de monde, mais vous pouvez éviter la foule pendant cet événement en allant visiter le musée, en profitant de la belle vue sur les vignes ou bien en allant voir une des expositions qui ont lieu par occasion.
À l’angle opposé de la rue des Saules et la rue St Vincent se trouve le plus vieux cabaret de Montmartre, Au Lapin Agile. Le Cabaret des Assassins, son nom original, était le lieu de rendez-vous favori des artistes, chanteurs et écrivains depuis les années 1860, avec sa terrasse à l’ombre des acacias. Pourtant l’établissement a eu une deuxième vie lorsqu’un certain André Gill a peint sa nouvelle enseigne aux alentours de 1900 afin de représenter la spécialité de la maison, le lapin sauté à la casserole, en dessinant un lapin sautant de sa casserole. Avec un humour inimitable et un jeu de mots, le " lapin à Gill " est devenu le " lapin agile ", et ce dernier a été adopté comme nom officiel. En 1903 le cabaret a été acheté par Aristide Bruant qui en a légué la direction à Frédéric (Frédé) Gérard, et il est vite devenu un lieu favori des artistes comme Renoir, Picasso, Utrillo, Van Gogh, etc. Picasso en a immortalisé l’ambiance conviviale dans sa peinture Au Lapin Agile de 1905, qui est restée accrochée au mur du cabaret jusqu’en 1911.
Vous pouvez ensuite revenir rue des Saules et tourner à droite dans la rue de l’Abreuvoir et marcher jusqu’à la place dédiée à Dalida. Dans l’allée des Brouillards, juste à côté de cette place et au numéro 8, vous trouverez la maison où la famille Renoir a vécu de 1890 à 1897. C’est là que le cinéaste Jean est né et où son père, Auguste, a fait tant de magnifiques tableaux familiaux.
Si vous suivez ensuite la rue Girardon jusqu’à l’angle de la rue Lepic, vous atteignez le moulin à vent du nom de Moulin Radet que beaucoup de touristes confondent avec le Moulin de la Galette. Ce dernier, plus célèbre, est à environ 100 mètres en descendant la rue Lepic, mais moins visible et fermé au public. Il était utilisé pour sa vue panoramique et à partir des année 1870 pour son dancing très en vogue où Degas, Renoir, Monet, Cézanne et beaucoup d’autres artistes venaient danser la nuit à l’écart, dans ce qui était encore à l’époque un coin rural de la ville. Plusieurs artistes ont été inspirés par ce monument, parmi lesquels Renoir, qui l’a peint en 1876, et dix années plus tard Vincent Van Gogh, qui l’a peint juste après son arrivée et après qu’il se soit assimilé au idées des impressionnistes (en fait, le numéro 54 de cette rue est devenue aussi la résidence de Van Gogh quand il a emménagé avec son frère Théo, et jusqu’à son déménagement à Arles en 1888). En 1889, Toulouse-Lautrec en a fait un tableau, et Picasso l’a immortalisé aussi en 1900 lors de son premier voyage à Paris (sous l’influence de Toulouse-Lautrec), lorsqu’il habitait rue Gabrielle.
En remontant un peu la rue Lepic, vous pouvez prendre la rue d’Orchampt pour vous rendre rue de Ravignan et sur la place Émile Goudeau. Au numéro 13 vous trouverez le Bateau-Lavoir (détruit en grande partie par un incendie en 1970 puis reconstruit en 1978). Ce bâtiment renfermait des ateliers d’art délabrés même lorsque Gauguin vivait ici aux environs de 1892, mais il a repris vie avec l’arrivée d’un certain Pablo Ruiz-Picasso en 1904, qui y a emménagé aux côtés de Juan gris, puis Van Dongen, Brancusi, Modigliani, Max Jacob, etc. C’est ici que Picasso s’est épanoui, passant de sa sombre période " bleue " à sa période " rose " et créant la première uvre cubiste, le célèbre Demoiselles d’Avignon (surnommé à l’origine Le Bordel d’Avignon d’après une rue de mauvaise réputation à Barcelone). À partir de ce moment-là et jusqu’au début de la Première Guerre Mondiale, c’était le centre d’une intense activité créative en peinture, étant fréquenté par un nombre croissant d’artistes et intellectuels, y compris des peintres comme le Douanier Rousseau, Matisse, Braque, Léger, Derain, Dufy, Utrillo et Metzinger, ainsi que des écrivains tels que Apollinaire et Cocteau, et enfin des collectionneurs et des marchands en art comme Gertrude Stein, Ambroise Vollard et Daniel-Henry Kahnweiler.
Vous pouvez suivre la rue Ravignan pour descendre la butte jusqu’à ce que vous arriviez à la place et la rue des Abbesses. Juste à côté de cette place se trouve la rue André-Antoine où vous trouverez, au numéro 11, l’Espace Toulouse-Lautrec (juste à côté de l’église Saint-Jean-l’Évangéliste mentionnée plus haut). Si vous descendez cette rue jusqu’au boulevard de Clichy, vous pouvez ensuite marcher jusqu’à la place Blanche.
Au numéro 82, vous trouverez le Moulin-Rouge, peut-être le plus connu des moulins de Montmartre sinon du monde immortalisé par l'affiche de Toulouse-Lautrec en 1891, la Goulue, et plus récemment avec un film du même nom. Depuis son ouverture en octobre 1889, il est devenu la maison du cancan et du chahut et est toujours un cabaret et un lieu très apprécié des touristes en quête de cette insouciante joie de vivre si bien représentée par Toulouse-Lautrec et tellement caractéristique du début du siècle précédent. Il y a d’autres cabarets moins connus dans le même quartier, tels que le théâtre des Deux-Ânes au numéro 100 sur le même boulevard, et au 25 rue Fontaine, la Nouvelle Eve qui date de 1897.
Si vous êtes là pour regarder seulement, continuez vers l’est le long du boulevard de Clichy jusqu’à la place Pigalle. Tout ce quartier est dédié aux boutiques pornos et spectacles érotiques, donc prenez garde aux rabatteurs dans la rue. L’adresse la plus à peu près inoffensive de cette rue est le musée de l’Érotique au numéro 72.
Un peu plus loin sur le boulevard, vous tomberez sur la rue des Martyrs, et si vous désirez voir le cabaret Divan Japonais qui a inspiré une autre célèbre affiche de Toulouse-Lautrec (cette fois de Jane Avril), il se situe au numéro 75 (il s’appelle maintenant Divan du Monde et l’ambiance y est plus internationale qu’avant). À quelques pas d’ici dans cette même rue, vous pouvez également voir les cabarets " drag queens ", Madame Arthur et Chez Michou.
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