La rive gauche
La Tour Eiffel, Les Invalides, Le Musée Rodin, St-Germain-des-Prés
(Environ 5-6 km)
Aucun circuit à Paris ne serait complet sans une visite de la tour Eiffel, qui est aussi un point de départ logique pour une promenade à Paris des plus intéressantes. Une des meilleures façons d’aborder une visite de ce célèbre monument est de prendre le métro à Étoile en direction de Montparnasse / Denfert-Rochereau, ce qui vous fait passer sur le pont Bir-Hakeim. Après avoir quitté la station Passy, la vue sur la rivière et la tour Eiffel lorsque le métro traverse le pont est vraiment spectaculaire. Si vous descendez ensuite à la station Bir-Hakeim, vous pouvez marcher le long du fleuve (quai Branly) jusqu’au Champ-de-Mars. Une autre façon intéressante de procéder est de partir du Trocadéro et de profiter de la vue plus formelle à partir du palais de Chaillot (construit pour l’exposition de Paris de 1937) alors que vous descendez (en évitant les patineurs et rollers) jusqu’au fleuve et traversez le pont Iéna.
La plus célèbre tour du monde a été dessinée par deux ingénieurs, Koechlin et Nouguier, de l’entreprise de construction de Gustave Eiffel, et par un architecte (Sauvestre) en 1882 en tant que candidate pour le centenaire de la Révolution en 1889. Grâce à la popularité des nouvelles constructions en fer (en particulier la Bibliothèque St. Geneviève de Paris par Labruste et le Palais de Crystale de Paxton érigé pour l'Exposition de Londres de 1851), les organisateurs ont déclaré que toutes constructions majeures devaient être fabriquées en fer. Les deux ingénieurs d’Eiffel ont donc relevé le défi de construire une tour de 300 mètres de hauteur, basé sur l’expérience qu’ils avaient des ponts en fer. Il nous est difficile de croire qu’au moment de sa construction, entre janvier 1887 et mars 1889, ce symbole de l’Exposition universelle était considéré par tous comme une horreur (elle était comparée à une épingle à chapeau surgissant de la ligne des toits, en opposition avec l’acclamation unanime pour l’autre célèbre uvre d’Eiffel, un peu aidé par Bartholdi, l’armature de fer de la statue de la Liberté). Depuis, la tour s’est avérée utile pour les transmissions radio, de télévision et des télécommunications (avec les antennes elle atteint la hauteur de 320 mètres), ainsi que pour une campagne publicitaire de Citroën, et elle est peut-être devenue le monument le plus représentatif de Paris même de la beauté de Paris. Elle a même eu l'honneur d'être cité (par Reyner Banham) comme le premier exemple mature du concept moderne de l'espace, ou comme il dit "Ici le spectateur est chargé de toute sorte d'experience moderne de l'espace, plus certaines qui sont unique à la Tour, de telle manière qu'il commence à sentir mal à l'aise et désorienté. Voici la participation à l'infini... voici l'espace qui coule derrière la structure et qui se répand par des excaliers ; voici l'espace à travers lequel le spectateur se déplace". De plus, pour les célébrations du nouveau millénaire, elle constituait une solution toute faite, avec des éclairages pour l’occasion la nuit et elle était de plus le siège principal du compte à rebours français.
On pourrait supposer que tout visiteur voudrait monter au moins au premier étage de la tour, mais quand vous voyez la taille de la queue pour prendre les ascenseurs, et ce quelque soit le temps, vous comprenez pourquoi tant de gens se découragent. Et vous devez être assez athlétique pour prendre les escaliers (souvenez-vous de Alec Guinness dans le film De l’or en barres), même si la sensation d'une expérience spatiale unique soit le plus fort en empruntant les escaliers. Si vous êtes vraiment organisés et ne manquez pas d’argent, vous voudriez peut-être faire d’une pierre " trois " coups et déjeuner ou dîner au restaurant Jules Verne au deuxième étage, ce qui vous permettra non seulement de prendre un ascenseur privé sans faire la queue, mais aussi d’admirer une spectaculaire vue de Paris pendant que vous dégustez un bon repas dans l’un des plus prestigieux restaurants du monde. Mais vous devez réserver longtemps à l’avance, plusieurs semaines sinon des mois.
Si vous avez encore assez d’énergie après la visite de la tour Eiffel (ou bien différez l’ascension à une autre fois), vous pouvez flâner sur le parc du Champ-de-Mars jusqu’à l’École militaire (l’école militaire la plus prestigieuse du pays). Ce parc est tellement calme qu’il vous sera peut-être difficile d’imaginer que c’était là que se trouvait l'amphithéâtre dégagé pour célébrer le premier anniversaire de l'assaut de la Bastille (le 14 juillet 1790) avec son défilé populaire de la Garde nationale (personifié par Lafayette) et les 'vainqueurs de la Bastille', un terrain de manuvres pour les milliers de troupes montées de la Grande Armée de Napoléon. Si un musée militaire peut vous intéresser, l’École militaire en abrite un vraiment intéressant.
Ensuite, un court trajet à pied le long de l’avenue de la Motte Piquet vous mène jusqu’à l’hôtel des Invalides et son esplanade. Cet édifice a été construit sous les ordres de Louis XIV en 1670 pour en faire un hôpital militaire, mais il est aussi renommé pour avoir été l’origine des armes utilisées pour prendre d’assaut la Bastille en 1789. Il comprend l’église Saint-Louis des Invalides et la chapelle royale des Invalides, et si vous regardez cet édifice impressionnant et richement doré de style Renaissance (Jules Hardouin-Mansart, 1680-91), vous pouvez être surs qu’il abrite quelque chose de très important : le tombeau en porphyre où repose Napoléon Bonaparte.
Le Ministère français de la Culture a dû vouloir faciliter la vie des touristes lorsqu’il a acheté l’hôtel de Biron en 1904, qui se trouve juste à côté au coin de la rue de Varenne. Un perruquier nommé Peyrenc de Moras a fait construire cet hôtel particulier magnifique avec jardin en 1731, puis l’a vendu au duc de Biron, et il a été loué plus tard à des personnes comme Rodin qui y avait installé son atelier jusqu’à sa mort en 1917. C’est maintenant un musée consacré à l’uvre de Rodin, où l’on peut trouver des chefs-d’uvre tels que le Baiser et le Penseur. Vous pouvez continuer dans la rue de Varenne car à quelques pâtés de maisons plus loin se trouve l’hôtel Matignon, résidence du Premier ministre depuis 1935. Cet hôtel particulier a le plus grand jardin privé de Paris (qui s’étend jusqu’à la rue de Babylone). En réalité, on trouve dans cette partie du 7e arrondissement beaucoup de ministères et d’ambassades ainsi que des hôtels particuliers privés et des couvents qui ont très souvent de superbes jardins dont on ne peut soupçonner l’existence à partir de la rue, mais qu’un il vigilant aurait pu repérer du haut de la tour Eiffel.
En continuant jusqu’au bout de la rue de Varenne et après avoir traversé le boulevard Raspail, vous pouvez suivre la rue de Grenelle jusqu’à la rue des Saints Pères. En tournant à gauche et après un pâté de maisons, vous arrivez au boulevard Saint-Germain. Vous avez ensuite le choix : soit vous continuez dans la rue des Saints Pères jusqu’au fleuve (quai Malaquais) où vous pourrez voir l’École des beaux-arts puis revenir vers la rue Bonaparte, soit vous continuez dans le boulevard Saint-Germain jusqu’à la place et l’église de Saint-Germain-des-Prés.
Cette église est la plus ancienne de Paris, construite au début du premier millénaire sur les ruines d'une basilique datant de 558 dans les prés en dehors des murs de Philippe Auguste (comme certaines églises à Rome 'fuori le mura'). Le clocher-porche (la seule survivante des trois tours d'origine) est surmonté au XIIe siècle par un étage à arcades romanesques et une flèche, en même temps que la reconstruction du choeur avec déambulatoire. Les environs immédiats sont célèbres pour être le cur de la communauté artistique et littéraire de la rive gauche. Elle est devenue un centre de grande activité culturelle populaire depuis que le quartier du Marais est devenu passé de mode au XVIIIe siècle, et beaucoup d’écrivains et intellectuels fréquentaient ses cafés et librairies/éditeurs au début du XXe siècle (notamment Le Flore, quartier générale de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Les Deux Magots, et Les Editeurs). A deux pas du carrefour de l'Odéon, c’est un quartier tellement riche en histoire qu’il n’est nul besoin de suivre un itinéraire strict pour le découvrir, mais flânez simplement en vous imprégnant autant que vous le pouvez de cette histoire. Entre le boulevard Saint-Germain et la rivière, ne manquez pas le restaurant historique Procope au N° 13 rue de l'Ancienne Comédie (célèbre depuis 1686 pour son statut du plus vieux café de Paris et le rendez-vous d'intellectuels tels que La Fontaine et Voltaire, les Encyclopédistes, les Romantiques, les artistes de la Comédie Française et des révolutionnaries, et même Benjamin Franklin). Ne manquez pas non plus les expositions d’art contemporain dans les galeries situées rue Dauphine, rue de Seine et rue Mazarine.
Du côté sud du boulevard Saint-Germain, à mi hauteur de la rue Bonaparte, vous verrez l’église de Saint-Sulpice, et ne manquez pas surtout la chapelle des Anges où vous pouvez admirer la Lutte de Jacob avec l’ange et Héliodore chassé du Temple de Delacroix. Un pâté de maison plus loin vers le sud, vous trouverez le palais et le jardin du Luxembourg. Ce palais a été construit de 1615 à 1624 par Salomon de Brosse pour Marie de Médicis (la mère du jeune Louis XIII) qui voulait un palais et un jardin de style florentin (inspiration mais aussi amélioration de la façade du palais Pitti et des jardins Boboli à Florence), situé à côté de l’hôtel de Luxembourg existant juste en dehors du rempart, faisant face au sud. La famille Médicis s’étant par tradition illustrée comme mécène, le palais a été décoré par des artiste célèbres tels que Rubens (qui a réalisé entre 1622 et 1626 une série de tableaux sur la vie de Marie de Médicis, exposés maintenant au Louvre), et il abrite également d’importantes uvres d’art (des expositions occasionnelles organisées par le Sénat, locataire actuel) ainsi que des ornements signés Delacroix dans la bibliothèque.
En suivant la rue de Vaugirard (c'est la rue la plus longue à Paris, qui suit la tracée d'une voie romaine faisant la liaison entre Lutèce et Dreux), vous arrivez au boulevard Saint-Michel juste en face de la place de la Sorbonne. L’église de la Sorbonne a été bâtie en 1642 par Richelieu, qui était alors Doyen de l’Université (fondée par Robert de Sorbon au XIIIe siècle). Le superbe tombeau du célèbre cardinal se trouve dans cette église.
En suivant le boulevard Saint-Michel, vous verrez entre la rue des Écoles et le boulevard Saint-Michel l’hôtel de Cluny datant du Moyen ge, et qui a été construit à l’emplacement de thermes gallo-romains, dont on peut encore voir quelques vestiges. Il abrite aussi le musée national du Moyen Age avec le célèbre ensemble de tapisseries la Dame à la licorne (entrée rue du Sommerard). L’angle avec le boulevard Saint-Germain était aussi l’endroit où ont eu lieu les plus violentes émeutes étudiantes en 1968, mais il n’y a heureusement pas de vestiges de cet événement.
Vous pouvez ensuite descendre le boulevard Saint-Michel jusqu’à la fontaine de la place Saint-Michel (qui n'a qu'une fonction décorative, avec une statue en bronze de Saint-Michel inspirée par un tableau de Raphael au Louvre). C'est le cur du Quartier latin (ainsi nommé à cause de la 'lingua franca' de la communauté de l'université). A l’est de cette place, il y a plusieurs petites rues où une agitation permanente règne autour des nombreux fast-foods, restaurants et cinémas. La rue de la Huchette, par exemple, est le témoin d’au moins 800 ans d’histoire et pourrait se vanter d’avoir connu un célèbre résident, Napoléon Bonaparte, qui a vécu au numéro 10 dans sa jeunesse. Le quai Saint-Michel et le quai de Montebello offrent également une vue merveilleuse de Notre-Dame alors que vous flânez dans les magasins ou que vous sirotez un verre en pensant peut-être à Matisse qui avait un atelier sur le Quai Saint-Michel au début du siècle dernier.
L’autre rue principale parallèle au boulevard Saint-Michel est la rue Saint-Jacques, construite sur la première voie gallo-romaine qui allait jusqu’au sud de la cité de Lutèce. Au coin de la rue Saint-Séverin, vous verrez l’église Saint-Séverin. Elle a été construite au XIIIe siècle sur le site d’une église du XIe siècle du même nom, alors que la plupart de l'église actuelle date du début du XVe siècle. En continuant le long de la rue Saint-Jacques et en passant derrière le musée Cluny et la Sorbonne, vous trouverez le Panthéon dans la rue Soufflot (qui était l’architecte de Louis XV). C’est un exemple précoce de la tendance de l’époque à faire revivre le style antique, cet édifice ayant un plan en forme de croix grecque ainsi qu’un dôme gigantesque. Dans la crypte se trouvent plus de 70 tombes de personnes célèbres telles que Pierre et Marie Curie, Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jean Moulin, André Malraux etc. Vous pouvez aussi prendre l’escalier qui mène à la colonnade atour du tambour de soubassement du dôme pour une vue panoramique d’une grande partie de Paris.
L’église Saint-Étienne-du-Mont juste derrière le Panthéon a été construite au XVe, XVIe et XVIIe siècle (dans des styles différents, de la fin du style gothique au début du style renaissance) à l’emplacement d’une ancienne abbaye dédiée à Sainte-Geneviève, la sainte patronne de la ville dont les prières ont permis de protéger Lutèce de la destruction par Attila, roi des Huns, au Ve siècle. Les styles hétérogènes de l'extérieur ne doivent en aucun cas vous dissuader de voir l’intérieur, puisque celui-ci est doté du seul jubé restant à Paris, un déambulatoire peu commun dans la nef et de magnifiques vitraux dans la nef et le transept. Si vous suivez la rue Clovis et la rue Monge jusqu’à la rue de Navarre, vous arriverez à l’amphithéâtre gallo-romain de Lutèce datant du IIe siècle, mis à jour pendant des travaux de Haussmann en 1869. Sa petite taille témoigne de l’importance relativement limitée de Lutèce pendant l’ère romaine, mais elle est un endroit parfait pour se promener et jouer aux boules.
Et si vous avez le temps, juste un pâté de maisons derrière se trouve le Jardin des Plantes, qui abrite le plus ancien musée d’histoire naturelle du monde. C’était autrefois le Jardin royal des Plantes médicinales créé pour Louis XIII et agrandi au XVIIIe siècle. Les jardins sont magnifiques et, malgré leur apparence désuète et délabrée, les pavillons renferment un nombre incroyable de trésors. Mais il est difficile de les visiter après avoir marché longuement dans Paris ; il faudrait plusieurs heures pour visiter chaque pavillon, aussi il serait préférable de revenir spécialement pour en visiter un ou deux. La Grande Galerie de l’évolution est probablement la plus intéressante à voir puisqu’elle a été rénovée en 1994 et présente de façon attrayante une collection zoologique sur le thème de l’évolution.